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18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 14:30
Pourquoi s'infliger tant de souffrance ? Est-ce vraiment humain ?

J'ai mis cinq mois pour lire Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras. Et je sais pourquoi, et je vais te l'expliquer. Un barrage contre le Pacifique, c'est une merveille de roman, mais il m'est insupportable.

Un barrage contre le Pacifique, c'est l'histoire de la misère.

Misère crasse des indochinois dans les années 20, la misère qui fait pousser les enfants et les fait mourir presque aussitôt, comme les mouches, commes les poux mais en faisant plus de bruit ils pullulent, grouillent et disparaissent ; la misère qui fait survivre, à peine, tous ceux qui n'ont rien dautre que leurs bras dans la vien c'est le cas du caporal, qui comme un bon chien reste auprès de la famille jusqu'à la mort de la mère puis la quitte tout de suite à la recherche d'une autre gamelle, le seul intérêt de la vie étant de la défier, de survivre ; c'est la misère intellectuelle de paysans incultes, de commerçants incultes et de chasseurs, d'aventuriers pas beaucoup plus instruits ; ce'st la misère sexuelle d'hommes qui collectionnent les aventures sans sentiment, de femmes qui se laissent faire en attendant que ça passe, d'une jeune femme, belle, attirante, promise à une ablette riche, poitrinaire et laide ou condamnée à rester vivre dans ce trou perdu des environs d'une bourgade, Ram, avec un agriculteur plus contrebandier qu'autre chose, mais aussi misérable et perdu que les autres.

La misère est partout, lourde, oppressante, poisseuse. Elle est tellement omniprésente que je ressentais le besoin de m'essuyer les mains après avoir reposé le roman. Elle colle aux gens, à leur vie, au cadre naturel. L'inéluctabilité transpire par tous les pores de la machine à écrire ce texte, magnifique, précis, simple, tellement simple qu'il en est insupportable.

Rien que d'y repenser, quelques jours après l'avoir refermé j'en ai encore la nausée, tu sais, je sens qu'elle ne me quittera pas cette nausée, de celles qui t'accrochent pour des années, comme celle ressentie quand, à la place même de Jean-Baptiste Grenouille, tu étrangles une jeune femme rousse dans le parfum de Suskind, et que je ressens encore 15 ans après avoir lu le livre ou quand, Villon à la place du maître dans la biographie romancée de Teulet, tu regardes l'amour de ta vie que tu chéris entre toutes se faire violer par une compagnie de gredins à qui tu l'as toi-même livrée...

Cette nausée-là je la dois à Marguerite Duras, à sa description sans fard de l'impossibilité de lutter contre le pouvoir corrompu, contre l'océan qui ruine les récoltes, contre l'ordre social établi, contre la pauvreté... Ce livre était trop dur pour moi, j'ai souffert mille morts pour le terminer, pour aller au bout. Chapitre par chapitre. Comme une épreuve, terminée en sprint alors que j'avais rampé pendant des mois, la boule au ventre, incapable d'encaisser les coups que m'infligeaient les mots acérés, tellement blessants dans leur simplicité de la romancière...

J'ai l'impression que je ne serai plus jamais heureux.

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publié par Fredogino - dans de la lecture
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commentaires

zazimuth 23/08/2007 18:45

je ne devais pas encore avoir 20 ans lorsque j'ai lu ce roman de Marguerite Duras mais je me souviens de ce sentiment bizarre après avoir refermé le livre...

Fredogino 26/08/2007 18:18

je pense que je m'en souviendrai...

carole 22/08/2007 13:23

il y a des romans qui font cet effet là... je l'ai lu il y a bien 15 ans mais j'avoue ne pas m'en souvenir du tout... faudrait que je le relise mais ça ne m'a pas touchée comme toi sinon je m'en souviendrais...

Fredogino 22/08/2007 17:52

Ha, ha, ha... Moi en tout cas j'ai été sacrément touché...

clerval 21/08/2007 22:01

Je n'ai pas lu ce roman , certainement très oppressant avec cette misère omniprésente ... L'article ne l'est pas moins . On ne sort pas indemne parfois de certaines lectures et même si elles font mal, on se dit qu'on a de la chance d'étre tombés dessus .

Fredogino 22/08/2007 17:56

C'est exactement ça, Clerval, tu as tout résumé la miss...

Kinou 21/08/2007 19:56

Hello Fredo  lorsque j'avais lu Le Parfum, un goût amer m'était resté très longtemps dans la bouche... mais les jours filent... et il faut passer au-dessus du barrage et pas à côté du bonheur !!! bonne soirée Fredo

Fredogino 22/08/2007 17:55

Il faut toujours être réceptif au bonheur...

Quichottine 20/08/2007 21:00

Je crois que de toute façon, c'est un beau livre... Il faut sans doute le lire pour savoir, pour sentir, comme l'a fait Fredogino, mais je crois qu'il faut aussi pouvoir ensuite respirer, ouvrir ses fenêtres pour s'extasier sur une fleur ou un papillon... pour savoir que notre monde est beau et qu'il suffirait de pas grand chose pour qu'il le reste.

Fredogino 22/08/2007 17:59

Tu aimes la vie, et c'est bien. Et on a la même philosophie il me semble. Il fallait que je fasse comprendre ce que j'ai ressenti, et c'était dans la violence du sentiment que je devais le faire...

Or, donc...

 
Time flies, comme ils disent. Les gens qu'on aime disparaissent, des horreurs se produisent, et on avance. On a le droit, on a le devoir de croire que l'omme peut s'en sortir, on a le droit de rêver, d'aimer, de rire et de chanter.
 
Le monde meilleur, il faut le faire, il faut en parler. alors on apporte notre petite contribution, et si ça ne plaît pas, au moins ça débarrasse. Ca débarrasse la tête, le ventre, le coeur.

Si tu as apprécié, participe et reviens. Il y a du blanc et du rosé au frais. Du saucisson au cellier. Du fromage qui pue à tous les étages... Le rouquin est sur la table, sers-toi, trinquons, et profitons de la vie ! Echangeons, mélangeons, partageons... 

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