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1 février 2006 3 01 /02 /février /2006 23:47

"Le Picon-Bière ça pardonne pas, c'est de ça que mon pauvre papa est mort..."
Comment on peut faire un film aussi charmant, aussi humain et aussi drôle sur un sujet aussi terrible que l'alcoolisme?

La gageure était élevée, Henri Verneuil a relevé le gant avec "Un singe en hiver".
Il suffisait de prendre deux monstres sacrés (Gabin, Belmondo, jeune mais déjà grand, pour quelques temps encore), leur adjoindre trois parmi les plus grands seconds rôles de l'histoire du cinéma français (Paul Frankeur, Suzanne Flon et l'hilarant Noël Roquevert), on les fait parler grâce au meilleur tripatouilleur de mots (Michel Audiard) et comme si ça ne suffisait pas, on s'adjoint deux jeunes pousses qui vont devenir des grands: Claude Pinoteau et Costa-Gavras.

Ite missa est. Ce sera donc un grand film. Il manquerait plus que ce soit basé sur une oeuvre de Blondin...

Bingo.

Voilà l'histoire d'un vieil homme (Jean Gabin) qui s'emmerde dans son bonheur confortable. Ancien buveur invétéré, habitué aux cuites qui font voyager à l'autre bout du monde, il a promis à la femme qu'il aime (Suzanne Flon, une voix merveilleuse, reconnaissable entre mille) d'arrêter de picoler. Et il s'y tient, méprisant ceux qui buvaient avec lui dans le temps et qui, sans lui, sont tombés dans la beaufitude (Paul Frankeur).

Arrive un jeune homme, père d'une gamine exilée dans un pensionnat farouche de cette austère contrée de la côte normande, portant encore les stigmates de la seconde guerre mondiale. Ce jeune homme, Jean-Paul Belmondo, est lui aussi un alcoolique qui voyage, en Espagne celui-là.
 

Ils se reconnaissent, ils se comprennent, ils s'apprécient et ils finiront par s'en mettre une ensemble, et une sévère, qui finira en apothéose grâce à la participation pleine de peps du gérant de la boutique 'au chic parisien', Landru (Noël Roquevert). L'histoire est belle et nous ramène à la vie de tous les jours, à ce qu'on en fait, à nos petites lâchetés et nos grands renoncements, à nos rêves aussi et à nos façons de nous y accrocher...



Il y a aussi et surtout des dialogues savoureux, comme quand Gabin dit à sa femme: "Ecoute ma bonne Suzanne, t'es une épouse modèle. Mais si t'as que des qualités. Et physiquement t'es restée comme je pouvais l'espérer. C'est l'bonheur rangé dans une armoire, et tu vois même si c'était à refaire je crois que j't'épouserais de nouveau. Mais tu m'emmerdes. Tu m'emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour, mais TU M'EM-MERDES!"


Ou alors quand Esnault lui reproche que son "Espagnol" a fait du foin au bar la veille, il le compare à un pochetron du coin qui boit 15 pastis par jour:

"Ah parce que tu compares mon espagnol comme tu dis et le père Bardas? Les grands ducs et les boit-sans-soif? [...] Dis-toi bien que tes clients et toi ils vous laissent à vos putasseries les seigneurs, ils sont à cent mille verres de vous... Eux, ils tutoient les anges... [...] Vous avez le vin p'tit et la cuite mesquine, dans le fond, vous méritez pas de boire... [...] "


Savoureux. A déguster avec un verre de vin blanc à proximité, quelques bulots ou des noix à portée de main, et puis surtout un ami...


Pas trop saoûl...
Tiens en parlant de ça, cette dernière image vient après la scène de la corrida avec les voitures. En fait, quand Belmondo et Blodin se sont connus à l'époque où Bébél était un jeune prometteur de la rive gauche, le romancier s'était livré à une corrida de voitures dans les rues de Paris. Rien ne se perd...

Et je m'en vais... Si tu ne l'as pas vu et que tu te demandes le pourquoi du titre, t'as qu'à aller le voir...

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commentaires

etienne 30/10/2006 10:58

j'adore ce film, il a du charme, une ambiance, un duo d'acteurs de fou, une histoire. Je me souviens encore de la scène où Bebel fait le torrero avec les voitures. Du cinoche à la française comme je l'aime.

Fredogino 31/10/2006 16:25

et comme je l'aime aussi...

Chtif 24/08/2006 15:48

Ah, je la connais cette devinette !
bon, sinon, "Un singe..." est beau, drôle et émouvant, vraiment parfait. Toujours le petit pincement au coeur à la dernière image du film...
Bon choix de citations, j'en rajoute juste une: lorsque Belmondo grimpe sur les épaules de Gabin pour escalader la grille de l'orphelinat:
Gabin :"Oh ben dis-donc, mais t'es un faux maigre !
Belmondo: "C'est ptêt' pasque j'ai la langue chargée."
 

Fredogino 24/08/2006 20:40

CA c'est du pas mal, aussi...

:0007: Youk 09/02/2006 12:22

Je te soumets, ô Grand Dieu du Cinéma, une petite colle.

Elle est extraite d'un court film de Jean-Daniel Pollet ("Rue saint denis", 3eme sketch de l'oeuvre collective : "paris vu par...").

" Quelle est la différence entre Florence et Bécon-lès-Bruyères ? "

PS : Google est ton ami...

ecriture 03/02/2006 11:28

A très bientôt. c'est toujours quelque chose un déménagement!
Pour la photo prends ton temps, le choix n'en sera que meilleur!
Bises.

:0007: Youk 03/02/2006 10:22

Bon déménagement.
Préviens-nous de ton retour.
Sniffement, Youk

Or, donc...

 
Time flies, comme ils disent. Les gens qu'on aime disparaissent, des horreurs se produisent, et on avance. On a le droit, on a le devoir de croire que l'omme peut s'en sortir, on a le droit de rêver, d'aimer, de rire et de chanter.
 
Le monde meilleur, il faut le faire, il faut en parler. alors on apporte notre petite contribution, et si ça ne plaît pas, au moins ça débarrasse. Ca débarrasse la tête, le ventre, le coeur.

Si tu as apprécié, participe et reviens. Il y a du blanc et du rosé au frais. Du saucisson au cellier. Du fromage qui pue à tous les étages... Le rouquin est sur la table, sers-toi, trinquons, et profitons de la vie ! Echangeons, mélangeons, partageons... 

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