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8 mars 2006 3 08 /03 /mars /2006 14:57

J’ai lu l’autre soir, jusqu’à un peu plus tard que la raison aurait voulu me dicter, Donogoo, de Jules Romains. Une espèce de sale petit chef d‘œuvre dont on ne peut décrocher l’œil pourtant convulsivement caché par la paupière battant de fatigue d’une nuit qui s’allonge.

 

 

 

Donogoo est une histoire d’amitié, une histoire de fatuité réhabilitée par le génie.

 

 

L’amitié de Bénin et Lamendier, qu’on a connus dans Les Copains.

 


 

La fatuité d’un géographe, professeur au Collège de France qui brigue un fauteuil à l’Institut malgré son inconséquence : il a détaillé une ville minière imaginaire dans un de ses très sérieux recueils. Géographe ne se déplaçant pas et chercheur par on-dit, l’homme espère tout de même l’Institut.

 


 

Le génie de Lamendier, prêt à se suicider au début de la pièce (en 27 tableaux), trouve un sens à sa vie en cherchant à donner raison au géographe : il va créer cette ville, là où elle devrait être, dans la forêt équatoriale brésilienne… Le cynisme hilare de cette pièce est incroyablement inquiétant pour l’humanité, jouissif pour les neurones…

 

 

 

Je pourrais t’en parler plus avant mais j’ai envie de te hurler mon amour de son auteur, en commençant par sa bio, que j’adapte du site de l’Académie française

 

 

 

Jules Romains, romancier, auteur dramatique, poète, essayiste est né Louis Farigoule à Saint-Julien-en-Chapteuil (Haute-Loire), le 26 août 1885.

 


Fils d’instituteurs, il est élevé dans le respect de l’idéal laïque et rationaliste de la IIIe République. Après des études secondaires au lycée Condorcet, il est reçu à l’École normale supérieure en 1906, et obtient l’agrégation de philosophie en 1909. Ayant commencé sa carrière d’enseignant, il est mobilisé en 1914 dans le service auxiliaire.
Après avoir publié ses premiers poèmes dès l’âge de dix-huit ans (L’Ame des hommes, 1904), il renonce, à l’issue de la Première Guerre mondiale, à sa carrière dans l’enseignement pour se consacrer exclusivement à la littérature.

 

 

 

Son œuvre est marquée par une idée maîtresse, conçue lors de ses années de jeunesse : celle de l’unanimisme, expression de l’âme collective d’un groupe social. Cette théorie nourrit son recueil de poèmes, La Vie unanime (1908), et ses romans : Mort de quelqu’un (1911) et Les Copains (1913). Elle trouve son expression accomplie dans la somme que constituent Les Hommes de bonne volonté, vingt-sept volumes publiés entre 1932 et 1946, vaste fresque dans laquelle, à travers le récit de destins croisés, Jules Romains brosse un tableau de l’évolution de la société moderne entre 1908 et 1933.

 


Mais c’est d’abord au théâtre que Jules Romains acquit sa notoriété, dès après la Grande Guerre, notamment avec Knock ou le Triomphe de la médecine, créé par l’immense Louis Jouvet en 1923. Comme Donogoo, Knock est une vision cynique et désabusée de la plèbe qui se laisse manœuvrer par un malin coquin. Pourtant on s’amuse avec lui, son « ça vous chatouille ou ça vous gratouille » ou son « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent » nous restent pour toujours dans l’esprit…

 


À la fin des années 1920, Jules Romains est avec Pirandello et George Bernard Shaw l’un des trois dramaturges de son temps les plus joués dans le monde.
Engagé dans la vie politique, Jules Romains est proche dans l’entre-deux-guerres du parti radical-socialiste, et se lie avec son chef, Édouard Daladier. Ayant soutenu le Front populaire, il milita par pacifisme pour l’amitié franco-allemande, et ce, malgré son antifascisme, après l’accession d’Hitler au pouvoir.

 


Président du Pen club international de 1936 à 1941, Jules Romains doit s’exiler pendant la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis et au Mexique.
En 1945, poussé par le général de Gaulle, soucieux de rénover l’Académie française, et encouragé par son ami Georges Duhamel, à l’époque secrétaire perpétuel, Jules Romains, qui s’apprête à quitter une nouvelle fois la France pour le Mexique, rédige pour poser sa candidature une lettre dans laquelle la mention du fauteuil restait en blanc.
Il est élu (en son absence) le 4 avril 1946, par 13 voix au premier tour, à la place laissée vacante par la destitution d’Abel Bonnard, découlant de sa condamnation en 1945 pour collaboration avec l’ennemi.

 

C’est Georges Duhamel qui le reçoit, le 7 novembre 1946. Romains ne rend pas hommage à son prédécesseur.

 


Son orientation politique le porte à la fin de sa vie vers un certain conservatisme, qui s’exprime dans les chroniques hebdomadaires qu’il donne à L’Aurore de 1953 à 1971 ; partisan de l’Algérie française, il mènera le cartel des non contre de Gaulle au référendum de 1962.
Il est mort le 14 août 1972.

 


Comment pourrais-je dire avec mes pauvres mots, mon expression tâtonnante tout le respect, tout l’amour, toute la dévotion que j’ai pour Jules Romains et pour son œuvre, dont je ne connais qu’une infime parcelle… L’illustre Jean d’Ormesson, dont j’aime autant la plume agile, fine et cultivée que je déteste la parole, criarde, mal préparée et vindicative, l’immortel Jean d’Ormesson donc, puisqu’il occupe le fauteuil de Romains à l’académie française lui rend un hommage magnifique, au rythme de trois thèmes premiers de l’œuvre de Romains : le secret, l’amitié et les canulars.

 

 

 

De son propre aveu, Jules Romains est né de la foule. De la foule dressée pour rendre un dernier hommage à Victor Hugo, place de l’Etoile, le dimanche 31 mai 1885… Jules Romains dit avoir gardé de cette cérémonie « une impression des plus confuses ». Normal, sa mère, perdue dans la marée humaine de ce jour de deuil national, n’accoucherait que quelques temps plus tard… mais lui transmet ce souffle et cet amour de l’humanité qui transpire dans le Vin blanc de la Villette, transpirer étant le mot tant les ouvriers, les petites gens y sont décrits avec précision, simplicité et tendresse.

 

 

 

Tiens, pour te donner une idée, dans les meilleures pages de Cavanna (Les ritals, L’œil du lapin, Bête et méchant) il y a du « Vin blanc » de Jules Romains

 

 

 

De la tendresse et de la simplicité… de l’amitié quoi… c’est mon premier contact avec Jules Romains, et c’est un contact que je garderai toujours au plus près de moi...

 

 

 

Les copains.

 

 

 

Plus qu’un livre de chevet, pas vraiment une bible, Les copains exprime ce qu’on peut ressentir dans ces moments rares de communion avec des amis, à table, au comptoir ou en balade, l’impression de puissance et d’immortalité qui se dégage d’une simple promenade avec des gens qu’on aime…Romains le traduit encore une fois simplement :

 

« Car trois copains qui s’avancent sur une ligne n’ont besoin de personne, ni de la nature ni des dieux. »

 

 

 

Et avec quelle faconde, avec quel humour, avec quelle bonhomie ! Un autre passage, cité par d’Ormesson. Pour la petite histoire, les copains se sont donnés rendez-vous devant la façade arrière de la mairie d’Ambert qui, malheureusement pour eux, est ronde comme une couille :

 

 

 

« À peine eut-il marché quelques pas qu’il tomba sur deux hommes dont l’un disait:
« – L’emploi de ces vastes motifs circulaires trahit une influence byzantine.»
et dont l’autre répondait :
« – Je crois que nous serions arrivés plus vite en tournant par la droite.
 »

 

 

 

Moi qui suis assez bon public et qui rechigne à effectuer des classements, à prioriser les grands et les petits bonheurs, je suis catégorique. S’il n’y avait qu’un livre à lire au monde, ce serait « Les Copains ».

 

 

 

Bénin résume à lui seul l’amitié à la fin du livre, jurant à ses camarades qu’à travers l’œuvre qu’ils ont accomplie ensemble ils sont devenus un dieu unique en sept noms (Omer, Lamendin, Broudier, Martin, Huchon, Lesueur et Bénin).

 

 

 

Tu sais, Yves Robert, un des réalisateurs les plus géniaux de notre temps qui nous a donné parmi les meilleurs films français (Alexandre le bienheureux, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, La Guerre des boutons, Clérambard…) a réalisé la version cinématographique des Copains, en 1964, avec Philippe Noiret, Pierre Mondy, Claude Rich et j’en passe, pour un film aussi touchant et sincère que méconnu aujourd’hui (il vient d’être édité en DVD). Il avait demandé à un copain à lui de faire la musique… un certain Georges Brassens qui pondra à cette occasion « Les copains d’abord »…

 

 

 

Allez va, j'ai été interminable... alors je te laisse pour la bonne bouche en compagnie de Bénin parlant à Broudier sur leur bicyclette, en route vers Ambert…

 

 

 

« Tu ne te souviens pas, dit Bénin, d’autres fois pareilles à celle-ci ? Je repense soudain au point culminant d’une balade énorme que nous fîmes l’autre année. Je nous revois tous les deux, traînant côte à côte, vers les deux heures de l’après-midi, et arrivant à un carrefour (…) Je me rappelle, mon vieux Broudier, que tu as dit : « Je suis heureux (…) Nous ne demandions plus rien, nous n’espérions plus rien. Et notre bonheur était dans un équilibre tel que rien ne pouvait le culbuter (…) N’y aurait-il eu que cela dans ma vie, que je ne la jugerais ni sans but, ni même périssable. Et n’y aurait-il que cela, à cette heure, dans le monde, que je ne jugerais le monde ni sans bonté, ni sans Dieu. »

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publié par Fredogino - dans de la lecture
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commentaires

:0007: Youk 10/03/2006 10:30

Profite de l'absence de Niconippon pour trouver résoudre l'énigme !

Fredogino 10/03/2006 14:21

il m'a grillé, le Nico...

Princesse mimi :0059: 10/03/2006 00:49

Vu la longueur de ton article je vois effectivement que ce bouquin a l'air de te passionner...pas trop dur le lendemain au taf???à bientôt

Fredogino 10/03/2006 14:24

non, ça va, ce n'est pas lecture qui fait du mal, t'inquiète pas pour moi, mimi...

schtroumf grognon 09/03/2006 20:25

Moi, j'aime pas d'Ormesson

Fredogino 10/03/2006 14:28

c'est parce que t'es pas gérontophile, schtroumpf grognon...

missmio 09/03/2006 14:31

A mon avis, Youk voudrait t'inviter à en boire une avec lui !Bel hommage !

:0007: Youk 09/03/2006 10:40

La question que je me pose pour des bouteilles qui valent des milliers de $$$$$ : faut-il les boire ?

Or, donc...

 
Time flies, comme ils disent. Les gens qu'on aime disparaissent, des horreurs se produisent, et on avance. On a le droit, on a le devoir de croire que l'omme peut s'en sortir, on a le droit de rêver, d'aimer, de rire et de chanter.
 
Le monde meilleur, il faut le faire, il faut en parler. alors on apporte notre petite contribution, et si ça ne plaît pas, au moins ça débarrasse. Ca débarrasse la tête, le ventre, le coeur.

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