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3 avril 2006 1 03 /04 /avril /2006 11:48
J'ai lu il y a quelques semaines un livre très intéressant. C'est le Journal apocryphe d'un président (1981-1993), de Philippe Barret. L'idée est sympa. L'auteur s'est procuré des écrits, des discours, des notes du président Mitterrand sur la période en question. Il a imaginé ensuite que celui-ci aurait pu tenir un journal au jour le jour, et il a écrit ce journal comme s'il avait été Mitterrand. L'exercice est passionnant. Je me rappelle plus précisément d'un passage, filé sur plusieurs chapitres. Celui de la loi Savary.

J'aime bien la façon dont Barret présente ça. Un Mitterrand, catho de gauche, qui n'apprécie pas l'idée de nationaliser l'école privée mais qui laisse son premier ministre et son ministre de l'éducation mener leur barque, après leur avoir fait connaître (en privé) ses réticences. Ensuite, la droite fait descendre beaucoup de monde dans la rue, 1,5 millions de personnes défilent sur les Champs Elysées.

En tête du cortège, on reconnaît plusieurs personnes. Yves Duteil, Michel Sardou, François Léotard, Charles Pasqua, Jean-Marie Le Pen et... Jacques Chirac, qui demande, en tant que chef du principal parti d'opposition, le retrait de la loi adoptée le 24 mai.

Le président dégaine alors l'idée de faire un «référendum sur le référendum», c'est-à-dire d'élargir son champ d'application aux questions de société. La suggestion ne s'est jamais concrétisée mais en bottant ainsi en touche, Mitterrand est parvenu à ramener le calme. Il retire la loi, Savary et Mauroy démissionnent, Chirac demande la dissolution de l'Assemblée nationale...

" Je ne suis pas partisan d’une démocratie des ultimatums. Nous avons des institutions démocratiques. Nous avons fait la révolution pour les obtenir ! (…)Quand une loi est votée par le parlement, conformément à l’esprit et à la règle de nos institutions, elle doit être appliquée."

Voilà ce qu’a sèchement déclaré le président Chirac, 22 ans plus tard, le 24 mars de Bruxelles, à propos du CPE, quelques minutes avant que Villepin ne reçoive les syndicats. Son fidèle lieutenant, Jean-Louis Debré, le président de l’Assemblée Nationale, s’était montré encore plus abrupt (comme hier soir d’ailleurs), le 14 mars sur Europe 1 : "Si maintenant , parce qu’il y a une manifestation, on remet en cause l’autorité et la légitimité de la loi, il n’y a plus de république".

Bien sûr, les temps ont changé. Quand la droite est au pouvoir, elle n'écoute pas la rue, elle.

Franchement, j'aimerais que Hollande demande la dissolution moi aussi. Faudrait voir à pas déconner quand même, ce gars, là, Chirac, a tout raté depuis qu'il a été élu en 1995, à part sa réelection en 2002. Le pays est à feu et à sang, il n'a réussi aucune réforme, surtout pas celles qu'il avait promises, il a passé son temps à mentir ouvertement, à se renier et à renier ses troupes. Il n'a plus aucune prise sur rien, on en arrive à une situation hallucinante!

Villepin a depuis sa désignation au poste de premier ministre passé son temps à ridiculiser la représentation nationale, alors qu'il n'a jamais été élu, à faire passer en force ses textes sans concertation, malgré l'écrasante majaorité qu'il possède à l'Assemblée nationale et au Sénat. Pendant les nuits de discussion au Sénat sur le CPE, Pasqua se plaignait à une sénatrice socialiste qu'il devait assister au débat de sourds opposition / gouvernement sans avoir le droit d'y participer (gain de temps oblige) : "Vous au moins, vous vous agitez, nous on regarde passer les trains!"...

Mais après le passage d'Ubu président, comme le nomme Libération, le gouvernement est désaisi du dossier, confié aux groupes UMP du Sénat et de l'Assemblée nationale, qui vont entamer des négociatinos que le gouvernement aurait dû faire... Grand gagnant, le président de l'UMP, dont on a oublié qu'il est encore ministre de l'intérieur et membre de ce gouvernement pourri, mais courageux (je pense notamment à Larcher et Borloo, défenseurs contraints de ce projet qu'ils ne voulaient pas...).

L'excellent journal La Croix espérait un sursaut de Chirac, la veille de son allocution. Moi même, je pensais qu'il devait choisir entre désavouer Villepin et retirer le texte, ou le soutenir et continuer le passage en force.
Il n'a même pas choisi entre les deux, il a choisi les deux en même temps. Quelle tristesse pour la France... Les derniers mots je les laisse à Denis, qui m'a envoyé le slogan le plus triste et désenchanté que j'ai vu, lu, entendu depuis le début de la Crise:

Chirac,
Président de l'
Echec...

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publié par Fredogino - dans De l'actu
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commentaires

:0007: Youk 07/04/2006 09:31

Ben, dis donc ! Tu es sacrément engagé, toi !
Amicalement (de plus en plus d'ailleurs ;-) )

Fredogino 07/04/2006 12:33

Moi aussi je t'aime Youk...

pupetto 05/04/2006 23:27

meme en italie la droite n'écoute pas la rue...ça c'est bien dangereux et grave...surtout à propos du travail...il n'est pas possible d'accepter une précarité pareille...comme chez vous, comme chez nous...comment peut-on vivre avec dignité sans la moindre garantie dans son travail? nous, nous espèrons la chasser du pouvoir , cette droite sourde, samedi et dimanche prochains...  ;o)

Fredogino 06/04/2006 11:42

Moi aussi j'aimerais bien que vous le bouttiez hors du pouvoir, ce cuistre...

Princesse mimi :0059: 05/04/2006 18:57

intéressant ton article...à bientôt, bises

Fredogino 07/04/2006 12:34

Merci mimi...

la schtroumfette 05/04/2006 08:28

Oui j'insiste lol ! Mieux vaut en rire que pleurer ?! Non ! C'est vrai, c'est sérieux : malheureusement ! Hier j'ai vu un doc "je n'arrive plus à joindre les deux bouts" Ceux qu'on appelle "les travailleurs pauvres" : ils travaillent et sont pourtant à la rue !

Fredogino 06/04/2006 11:42

putain c'est gravissime, ça, Fanny...

llh 04/04/2006 19:48

heu en fait je m'étais trompée de blog. Aujourd'hui, arrestations massives apparamment.

Fredogino 07/04/2006 12:34

Ah oui quand même... La révolution est en marche?

Or, donc...

 
Time flies, comme ils disent. Les gens qu'on aime disparaissent, des horreurs se produisent, et on avance. On a le droit, on a le devoir de croire que l'omme peut s'en sortir, on a le droit de rêver, d'aimer, de rire et de chanter.
 
Le monde meilleur, il faut le faire, il faut en parler. alors on apporte notre petite contribution, et si ça ne plaît pas, au moins ça débarrasse. Ca débarrasse la tête, le ventre, le coeur.

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