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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 09:15

Expérience d’un retour en France

Incroyable et pathétique….

 

       Paris, bus RATP ligne 20, vers 11H le 16 mai. Nous roulons direction gare de Lyon, boulevard Beaumarchais, le bus arrive à la hauteur de l’intersection avec la rue de la Roquette. Une dizaine de passagers se trouve dans le véhicule. Devant, sur le boulevard, deux motards de la police nationale ont intercepté un véhicule pour un contrôle. Un coupé Peugeot noir, flambant neuf. Le chauffeur de bus s’arrête car le coupé et les deux flics occupent la voie de bus. Le chauffeur est contraint de franchir la ligne de bus s’il souhaite continuer sa route. Aucun véhicule ne vient en face. Il râle. L’un des agents fait signe de circuler. Il râle encore. Puis avance à hauteur de l’agent et ouvre la porte avant.
  • Chauffeur : Ce serait une provocation que de franchir la ligne devant vous. Je me dois de respecter la Loi. La Loi est la même pour tous.

  • Agent : Vous voyez bien que c’est un contrôle inopiné, je vous fait signe que vous pouvez circuler. Vous allez mettre en retard vos passagers.

  • Chauffeur : Je m’en fous des passagers !!! Je suis le seul responsable de la sécurité dans ce bus et du respect de la Loi !

 

 

Il referme alors la porte et redémarre coupant la parole au flic qui s’exprimait encore. Il franchit la ligne blanche. Jusque là, nous autres passagers n’avions pas vraiment réagi. Ecoutant et regardant avec curiosité et effarement l’échange. Des voix commencent à s’élever, qui montrant l’étonnement, qui approuvant, qui réagissant au manque de respect des propos tenus.

 

 

 

En arrivant à proximité de Gare de Lyon, à un feu rouge, le chauffeur se retourne et demande agressivement si cela dérange quelqu’un qu’il ait refusé de franchir la ligne blanche. Un dialogue débute alors avec trois passagers :

  • Jules : Ce n’est pas tant le non franchissement de la ligne qui nous dérange que le manque de respect dans vos propos !

  • Chauffeur : je suis le responsable dans ce bus, s’il vous arrive quelque chose c’est à moi que cela sera reproché. Je respecte la Loi et le règlement, moi !

  • Bib : D’accord pour le respect de la loi, mais il faut respecter les gens aussi. L’agent vous a fait signe de passer tout de même. Ce n’est pas la peine de régir comme ceci.

  • Jean : Nous avons également un train à prendre. Si près de notre arrivée, il ne faut pas nous bloquer.

 

 

Le bus redémarre.

 
  • Chauffeur : je respecte la Loi, c’est tout. Apparemment vous n’en faites pas grand cas, vous, de la Loi.

  • Jules : quoi, vous nous accusez de ne pas respecter la Loi maintenant, mais c’est trop fort ! Vous faites de la diffamation.

  • Chauffeur : vous n’avez qu’à porter plainte à la RATP ! Je suis responsable de vous et de ce véhicule. Je vous rappelle que cette conversation est enregistrée.

  • Bib : c’est incroyable d’être aussi procédurier alors que vos avez des passagers en retard. Vous auriez pu franchir cette ligne sans problème et sans danger, maintenant nous risquons de manquer notre train.

  •  
    Jean, s’adressant aux deux autres passagers : Justement, arrêtons ce dialogue stérile et pensons à ne pas louper ce fameux train.

     

 

Pendant ce temps, le bus a contourné la gare de Lyon et arrive à proximité du terminus. Un camion de livraison obstrue complètement la voie.

  • Chauffeur : Vous voyez ce camion arrêté. Je vous rappelle que vous n’avez pas le droit de descendre entre deux arrêts. Alors même si cela doit durer une demi-heure, nous attendrons qu’il soit parti avant de circuler.

  • Bib, sur un ton ironique : Allez, vous êtes énervé depuis le résultat du 6 mai, votre statut de fonctionnaire va être remis en cause.

  • Chauffeur : je m’en fous du statut de fonctionnaire !!! Je suis heureux du 6 mai. Tenez regardez !

Et d’exhiber un carte plastique brillante, rouge et bleu portant trois lettres en son centre : UMP.

  • Jules : j’espère bien que toute la conversation a été enregistrée…

 

Le bus n’a toujours pas roulé. Les passagers ouvrent les portes en décompressant les sécurités (le bouton rouge au dessus de chaque porte) en suivant les indications inscrites très clairement : « en cas de problème, pousser… ». Nous sortons et courons vers le train TGV pour Marseille, le 11h20. Je suis assis, essoufflé, choqué. D’autres passagers sont restés dans le bus 20 alors que je m’élançais déjà. Je ne connais pas la fin de cette histoire. Comment a réagi le chauffeur à notre ouverture forcée des portes, comment s’est – il comporté avec des passagers qui seraient restés là ? Quel discours tiendra t-il à ses chefs et à ses collègues ? Est-ce que l’enregistrement de la conversation va servir ? De nombreuses questions naissent en moi alors que le TGV démarre.

 

Pour me rassurer je me dis qu’il s’agit d’un cas isolé, de quelqu’un qui a vécu quelque chose de difficile et qui le vit mal. Pourtant, je n’arrive pas à enlever de mes yeux l’image de cette carte, montrée comme un trophée, comme un honneur, comme le symbole d’une toute puissance. Ce geste a été fait avec tellement de facilité, d’aisance, comme une envie, une jouissance. Cela me fait peur.

 

Un chauffeur de bus à Paris se permet aujourd’hui de faire du prosélytisme politique dans un service public, en toute impunité. Les références multiples à la Loi, au Règlement, à la plainte à déposer sont pour moi autant d’indicateurs du sentiment fort d’impunité qu’a cet homme. A quoi l’associe t-il ? A sa carte UMP, à son uniforme, à son bus ou à ses responsabilités ? Certainement un peu à tout ça. Mais qu’en est-il s’il associe cette impunité à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président...

 

 

Bib

 

 

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